Les Experts à Accra

Notre prochain quelque part, c’est un pays d’Afrique de l’Ouest qui se situe exactement sur la même longitude que le Royaume-Uni : le Ghana. Ancienne colonie britannique, indépendant depuis 1957, le pays fait partie du Commonwealth. L’anglais y est la langue officielle mais on en dénombre près de quatre-vingt autres. La question de la langue est primordiale dans le roman de Nii Ayikwei Parkes, Notre quelque part qui vient de paraître aux éditions Zulma.

notre-quelque-part_nii-ayikwei-parkesLe roman met en scène Kayo, jeune médecin légiste de retour d’Angleterre où il a fait ses études. Enrôlé par la police pour élucider une affaire et assurer la notoriété d’un patron aux manières brutales (ce qui permet au passage une critique de la corruption ordinaire qui sévit dans l’administration du pays), le jeune Kayo se retrouve à Sonokrom où il fera la rencontre de Yao Poku, un ancien chasseur pétri d’humour et adepte de vin de palme. L’intrigue, si elle permet de dévoiler deux faces du Ghana, l’une moderne et urbaine, l’autre plus traditionnelle, reste secondaire. Le principal attrait du roman relève de la confrontation des langages : la langue populaire africaine, sa musicalité, celle du sage Yao Poku, et la langue classique et précise, presque jargonnante du jeune scientifique éduqué, sont l’occasion d’un travail sur l’écriture et d’une recherche formelle qui donne tout son sens au récit.

« E-Eeeh ! (…) Il dit faut pas prend chémin là ! Il dit faut prend chemin entre prεkεse et allé in pé dévant, et on va voit bambou grand grand. »

Si Kayo tire son épingle du jeu, ce n’est pas tant pour avoir pu mettre en pratique ses compétences de scientifique, c’est parce qu’il a su écouter la parole d’un sage et pris  en considération l’héritage de son peuple. Le roman aborde donc les thèmes de l’identité et de la mémoire, mais manque parfois de profondeur, le tout pouvant apparaître comme inégal. On retiendra donc l’humour, omniprésent, et la retranscription de la langue orale que permet la remarquable traduction de Sika Fakambi.

Notre quelque part, de Nii Ayikwei Parkes, traduit de l’anglais (Ghana) par Sika Fakambi, éditions Zulma (2014)

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