Le livre des ossements

bbdLe roman de Boubacar Boris Diop, Murambi, le livre des ossements, que rééditent les éditions Zulma dans leur collection de livres de poche, est né en 1998 lorsque l’auteur passe, avec dix autres écrivains africains, quelques mois au Rwanda pour réfléchir au génocide des Tutsi qui eut lieu en 1994. D’abord paru en 2000 aux éditions Stock, le roman est aujourd’hui augmenté d’une postface où le romancier endosse le rôle d’intellectuel engagé et dont la lecture, vingt ans après le début des massacres, ouvre de nouvelles perspectives à une mémoire historique défaillante.

Ce roman à la structure éclatée (diverses voix prennent tour à tour la parole) résulte d’un travail d’enquête et d’un recueil de témoignages d’ex-miliciens comme de survivants. L’escalade de la violence, les scènes d’horreur et l’état de sidération qui subsiste encore aujourd’hui sont traités de manière frontale, sans aucun filtre ni effet stylistique. Loin de se complaire dans les discours négrophobes qui disent qu’ « il n’y a rien à faire quand des chefs africains décident de régler leurs problèmes à la machette[1] », Boubacar Boris Diop replace le conflit dans son contexte historique et politique (les conflits entre Hutu et Tutsi remontent à 1959 et non à la nuit des temps). Le rôle de la France n’est pas éludé : le personnage du colonel Perrin, à la tête de l’opération Turquoise, rappelle les griefs toujours portés au pays des Droits de l’Homme. Devant l’incapacité de remettre quoi que ce soit en question (« nous sommes en guerre, un point c’est tout », « notre objectif final est juste »), le docteur Karekezi, cerveau des miliciens du Hutu Power symbolise l’avidité d’un homme obnubilé par le pouvoir, qui entraînera la masse dans l’horreur et la cruauté. A l’inverse, Jessica la résistante, est la porte-parole de ceux qui affirment qu’ « il y eut bel et bien des victimes et des bourreaux ». Avec ce texte précieux, Boubacar Boris Diop se pose en défenseur de la mémoire Tutsi, et nous rappelle qu’un discours manichéen assumé vaut mieux qu’un embrouillamini historique organisé qui dédouane les coupables et leurs complices.


[1] François Mitterrand

Murambi, le livre des ossements, par Boubacar Boris Diop, éditions Zulma (2014)

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