Englebert, ou le murmure des collines

Vingt ans après le génocide des Tutsis du Rwanda, les commémorations n’interpellent que modérément l’opinion publique qui reste globalement indifférente aux évènements. Kagamé accuse une nouvelle fois la France d’avoir participé aux massacres et la classe politique française rejette en bloc toute accusation. Autant dire que la fin du négationnisme d’Etat, et la voie de la réconciliation n’est pas encore à l’ordre du jour.

C_Englebert-des-collines_606 Derrière le manque de courage de la classe politique et le mutisme ambiant, la littérature peut jouer le rôle d’éclaireur. Les deux titres qui paraissent en ce mois d’Avril aux éditions Gallimard ont vocation à s’insérer au plus près de la réalité rwandaise. Ils racontent la grande Histoire par le biais de récits à taille humaine. Englebert des collines, que signe Jean Hatzfeld est le quatrième volet d’une série de textes sur le Rwanda (voir également Dans le nu de la vie (2001), Une saison de machette (2003), La Stratégie des antilopes (2007). Ce récit, derrière lequel on sent avant tout les qualités d’un journaliste, rend hommage à Englebert, vagabond-intellectuel de Nyamata, à la fois jovial et désabusé, poète et alcoolique, un personnage tout en nuance qui se raconte en revenant sur les constructions et les séparatismes identitaires d’un pays soumis à l’ordre postcolonial. A travers sa voix et ses errances, on écoute les obstacles dressés contre les Tutsis avant le génocide, on devine aussi les rancœurs et des méfiances toujours présentes malgré l’unité retrouvée.

Plus littéraire, le recueil de Scholastique Mukasonga, Ce que murmurent les collines, qui fait suite à son roman NoCe-que-murmurent-les-collines-couverturetre-Dame du Nil (Prix Renaudot 2012), aborde le thème de l’identité. Les rivières et les collines sont des êtres à part entière et partagent la vie des Rwandais qui au-delà du malheur y puisent force et dignité. Les histoires personnelles, les anecdotes et souvenirs s’enchaînent, mais c’est l’histoire du Rwanda qui apparaît en filigrane. Des notes « à l’attention d’un lecteur curieux » ponctuent chaque texte par des précisions historiques qui témoignent du sérieux de l’engagement de l’auteur. On en sort ébloui par la langue, admiratif devant le courage et l’humanité des protagonistes.

Englebert des collines par Jean Hatzfeld, éditions Gallimard, 2014.

Ce que murmurent les collines par Scholastique Mukasonga, éditions Gallimard (collection Continents Noirs), 2014.

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