La Vie hors du temps

Mise en page 1Après Les nuits froides de l’enfance, les éditions Bleu autour publient le second roman autobiographique de Tezer Özlü (1942-1986), d’abord écrit en allemand sous le titre Auf den Spuren eines Selbstmordes (Sur les traces d’un suicide) mais jamais édité, puis réécrit en Turc et publié à Istanbul en 1984. Précédé d’une note de l’éditeur qui reprend l’histoire du livre ainsi que d’une présentation de la traductrice (Diane Meur), ponctué d’une note biographique à laquelle s’ajoute quelques photos, le texte ainsi enrichi grâce au formidable travail des éditions Bleu autour nous permet de découvrir dans les meilleures conditions cette auteure peu connue en France.

Le roman est une sorte de récit de voyage réel à travers l’Europe sur les traces de Kafka, Svevo et Pavese qui restitue les souvenirs d‘enfance de l’auteur, son internement et évoque également les répressions en Turquie, son pays natal. Les réflexions sur la vie et la mort sont un élément central de cette œuvre intime et authentique. Elle les partage avec Cesare Pavese, son « frère d’âme », qui nourrit son écriture au point que bon nombre de citations de l’auteur italien illustrent la vie tourmentée, les interrogations d’Özlü, à la manière d’un rêve prémonitoire : « Qu’y a-t-il en moi qui fait que les battements de mon cœur, que toutes les images jamais perçues par mon œil, je ne puisse les retrouver que dans ses phrases à lui, dans des mots choisis par lui ? ». Pas étonnant qu’il hante ainsi le livre, pas étonnant non plus que l’un des achèvements du voyage d’Özlü, comme un pèlerinage littéraire, est de marcher sur les lieux, à Turin et Santo Stefano Belbo, de celui qui se suicida en 1950, après avoir écrit son fameux dernier texte, La mort viendra et elle aura tes yeux.

tezer özlüLibre, indépendante, « dure et solitaire comme cet arbre sur une plaine quelconque de cette terre », Tezer özlü ne sait ni d’où elle vient, ni où elle va, en témoignent les nombreuses bifurcations, souvent arbitraires, la faisant passer par des villes comme Berlin, Vienne, Zurich ou Paris. Elle vit en compagnie d’elle-même et s’affranchit de tout sauf de la littérature qui représente sa ligne d’horizon, même si, dit-elle « l’écriture est la plus grande folie qui soit ». Son style laisse transparaître sa façon d’être : à la fois heurté et impulsif, il illustre sa volonté d’action, son impossibilité d’être seulement spectatrice de la vie. La poésie et l’humour qui émanent de ses phrases laissent poindre une foi en l’amour « inapaisable » tandis que l’absence de chronologie, l’improbabilité de toute trame narrative stable est une parfaite illustration de sa perpétuelle quête de liberté.

La Vie hors du temps par Tezer Özlü, traduit du turc par Diane Meur, éditions Bleu autour, 2014

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