L’Orientalisme

« L’Orientalisme a approfondi et même renforcé l’indéracinable distinction faite entre la supériorité occidentale et l’infériorité orientale. » Cette phrase illustre à merveille le discours critique d’Edward Saïd (1935-2003) ; celui d’un Orient fabriqué par l’Occident, à sa convenance, comme pour mieux le dominer et s’en protéger.

orientalisme1L’essentiel du développement de l’historien repose sur les productions scientifiques, littéraires et autres écrits politiques qui, au cours du XVIIIe et XIXe siècles, ont contribué à asseoir ce discours dans un contexte de domination politique et culturelle. L’Orientalisme, complice de l’entreprise coloniale, ne se limite pourtant pas à cette seule période : des textes d’Eschyle, Euripide, Dante, Shakespeare et bien d’autres sont analysés pour montrer que des généralités saturées de platitudes raciales et géographiques ont peuplé l’œuvre des plus grands esprits. De même, Nerval, Hugo, Flaubert, Châteaubriant, tous fascinés par l’Orient, participèrent dans leurs récits de voyages et autres textes fidèles à l’idéal romantique, à transformer une réalité finalement inconnue, en discours imaginaire. « L’Orientalisme va distiller des traits essentiels sur l’Orient, sa sensualité, sa tendance aux despotismes, sa mentalité aberrante, ses habitudes d’inexactitudes, de retard ». Si l’Orient moderne n’est pas du tout celui des textes, « l’Orientalisme prend à tâche de toujours convertir l’Orient de quelque chose en quelque chose d’autre ». Ainsi, « ce qui est étranger et lointain acquiert pour une raison ou une autre le statut de quelque chose de plutôt familier », et facilite donc les rapports condescendants de même que les visées impérialistes.

orientalisme2Cette étude polémique rend compte de comment l’Europe et l’Amérique ont pu entretenir durant deux cent ans une image devenue traditionnelle du Moyen-Orient, des Arabes et de l’islam. Dans la postface, Edward Saïd, qui se défend d’un anti-occidentalisme dont il est taxé, nous rappelle que sa tâche a été de « démontrer que le développement et le maintien de toute culture requiert l’existence d’une autre culture, différente, en compétition avec un alter ego. L’identité humaine n’est non seulement ni naturelle, ni stable, mais résulte d’une construction intellectuelle, quand elle n’est pas inventée de toute pièce. » En ce sens, l’essai d’Edward Saïd dépasse bien des limites ; celles géographiques, qui visent à traverser les frontières plutôt qu’à les maintenir, mais aussi celles imposées par la pensée, nous donnant par la même occasion une bonne leçon d’humanisme.

L’Orientalisme par Edward Saïd, traduit de l’américain par Catherine Malamoud, éditions du Seuil (dans la collection La couleur des idées), 1978, 1995, 2003

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s

%d blogueurs aiment cette page :