Archives mensuelles : août 2014

Les Grands

photo1Après Tanganyika Project (2010) et Là, avait dit Bahi (2012), Sylvain Prudhomme publie son troisième livre sur l’Afrique : Les Grands. Un texte qui fait revivre le mythique Super Mama Djombo, groupe d’afro-beat de Guinée-Bissau symbole de la lutte pour l’Indépendance.

A mi-chemin entre documentaire et fiction, Sylvain Prudhomme donne la parole à Couto, guitariste génial du groupe et amant imaginaire de la chanteuse Dulce Neves qui vient de mourir. S’il arpente la ville pour annoncer la nouvelle, sa déambulation n’est qu’un prétexte à la rencontre et aux souvenirs, à décrire la réalité contemporaine d’un pays dont on perçoit la douceur de vivre et l’infinie tristesse en même temps qu’une énergie vitale à tout rompre.

Sur fond de coup d’Etat fomenté par l’armée, on croise Osvaldo Chico Gomez, chef d’Etat major, le « commandante » Cabral, héros de 1972. Surtout on croit entendre « l’éternelle voix de fillette » de Dulce et reconnaître la bande qui l’accompagne, dont la musique et les paroles sont aujourd’hui encore sur toutes les lèvres. Les paroles de leurs chansons œuvrent pour la paix, la liberté ou combattent l’arrogance des puissants. Chantés en langue créole pour montrer leur hostilité envers le colonisateur portugais, on retrouve leurs textes, insérés ça et là grâce à quelques extraits.

Oh soif d’aimer sans fin,

Qui nous pousse d’un côté et puis de l’autre,

Qu’il vaut la peine de s’abandonner à toi.

Le livre nous emporte, nous transporte et nous retient. Cette traversée dans les rues de Bissau nous donne le sentiment d’avoir touché à la poésie d’une musique rythmée par l’authentique : l’amour, la vie, la mort.

Les Grands par Sylvain Prudhomme, L’arbalète Gallimard, 2014


La Trinité bantoue

Mwana n’est pas un Eidgenosse, un suisse de souche, il est très vite confronté à un sentiment d’exclusion qui découle de sa situation de chômeur et d’immigré. Dans le même temps, le pays découvre les fameuses affiches du mouton noir – ces affiches chocs, placardées par l’UDC (parti de la droite populiste) à l’été 2007 – et c’est à l’occasion d’un stage chez Madame Bauer, militante de la première heure, qu’il se trouve, malgré son apparent détachement politique, au cœur d’un combat en faveur des droits de l’Homme. lobe_140x210_102Cette campagne, riche en enseignement lui permettra d’interroger son expérience de la pauvreté dans un pays où le chômage recule pourtant inexorablement. Dans la vie de Mwana, les contradictions sont nombreuses, ainsi Ruedi son compagnon helvète ne se gène pas à affirmer « que les frontaliers, les Savoyards, les Frouzes lui volent ses jobs potentiels ». Et sa mère Monga Minga pourtant restée au « Bantouland » lui permet de manger à sa faim en lui envoyant plein-plein de provisions du pays, car « ce n’est pas celui qui a faim qui mange mais celui qui a la nourriture ».

Si 39 rue de Berne, le premier roman de Max Lobe paru en 2013, traitait des sans-papiers africains et des questions liées à l’homosexualité, c’est de l’accès au marché du travail pour les jeunes diplômés et plus particulièrement de discrimination à l’embauche qu’il s’agit là. Ce qui reste intact, c’est l’écriture feutrée, l’inventivité langagière dont fait preuve l’auteur ainsi que sa capacité à évoquer de grands sujets sociétaux sous couvert d’une apparente légèreté et d’un humour sans pareil.

La Trinité bantoue par Max Lobe, éditions Zoé, 2014