La Fille du métro

« Je parle parce que je ne vous connais pas. »

Dans cette cabine de verre, une fille se raconte en attendant que sa mère vienne la chercher. Avec elle, deux pompiers, des flics sur qui elle crie, non pour se faire entendre car de toute façon ils ne l’écoutent pas, plutôt pour livrer sa colère, peut-être pour oublier sa peur.

couv-Fille-du-metro001Ses paroles occupent le temps et l’espace, invoquent de lointains souvenirs et fixent l’instant quand elle parle famille. Le père, c’est un tyran, brutal, à qui il faut obéir. La sœur c’est celle avec qui elle allait « partout, tout le temps ». La mère et ses yeux bleus, « ses yeux bleus tantôt comme la mer, dans l’orage, tantôt comme le ciel clair où passent les oiseaux migrateurs l’été, un bleu qui tremble dans la chaleur », c’est celle qu’elle attend, sa bouée de sauvetage. Et puis l’identité, thème majeur et universel, à travers cette langue arabe qu’on la force à parler alors qu’elle « aime mieux apprendre le kabyle avec les copines du bloc. »

Ce monologue d’une sourde puissance se veut dur et poétique à la fois. Leïla Sebbar impressionne par le souffle qu’elle donne à cette narratrice perdue dans la tragédie du réel. Là, subsistent d’infimes et lointaines lueurs – la maison d’enfance, la mer « qu’elle n’a pas revue depuis ses sept ans » – comme autant de phares auxquels accrocher le regard. La voix d’une trajectoire isolée qui tend vers l’universel, un acte de générosité autant qu’un appel au secours.

La Fille du métro par Leïla Sebbar, dessins de Sébastien Pignon, éditions Al Manar, 2014

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