Les Coqs cubains chantent à minuit

Avec Les Coqs cubains chantent à minuit, les côtes guinéennes et cubaines se rapprochent du fait des liens étroits entre la diaspora noire d’Amérique du Sud avec l’Afrique. En résulte un texte à la fois jovial et tourmenté qui traite d’un thème prépondérant dans l’œuvre de Tierno Monénembo : l’exil.

9782021088953Tierno Alfredo Diallovegui, alias El Palenque, arrive à Cuba pour « renouer avec ses origines ». De son héritage familial, puisé au fin fond de sa mémoire, reste une unique chanson ; celle que lui chantait sa mère à ses cinq ans. Véritable fil d’Ariane qui guide son enquête, la musique revêt une importance cruciale au pays de la Salsa et permet d’inscrire l’histoire personnelle de l’immigré guinéen en écho au contexte culturel propre à son pays d’origine. En filigrane, c’est le destin que vécurent quantité d’afro-américains désireux de retrouver les terres de leurs ancêtres, qui est évoqué ici. Aux Indépendances, « des milliers de Nègres de Harlem, de Louisiane et d’ailleurs déferlèrent dans les ports de la Guinée et du Ghana, larmes aux yeux et caméras en bandoulière dans une quête éperdue de leurs aïeux ». La mère d’El Palenque, on l’apprendra plus tard, quitta Cuba rejoindre un saxophoniste de génie avant de revenir sur l’île, emportée par un destin tragique.

Véritable hymne à Cuba, l’auteur passe maître dans l’art du dialogue et rend ainsi hommage à ses habitants : qu’ils soient habités par les Quatrains d’Omar Khayyâm ou traversés par ce qui reste des utopies révolutionnaires, les personnages qui parcourent ce texte, bavards ou taiseux, sages ou insatiables, sont garants d’une identité mondiale, celle qui a fait de Cuba une terre multiple et multiculturelle.

« Nous ne sommes pas du monde, El Palenque, nous sommes le monde et nous n’en sommes pas peu fiers. Nous sommes le produit de tous les frottements qu’a connu cette putain de terre ces cinq derniers siècles. Nous ne sommes pas les bâtards des Noirs et des Blancs, nous sommes les bâtards de tous les Blancs, de tous les Noirs, des Juifs, des Arabes, des Chinois aussi. De sorte que tous les jours que le bon Dieu fait, tu verras apparaître à la maternité El Infantil une nouvelle couleur de peau, une nouvelle race humaine ».

Les Coqs cubains chantent à minuit par Tierno Monénembo, éditions du Seuil, 2015.

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