La Divine Chanson

« Tu trouveras tôt ou tard le repos du guerrier. Tu as bien fait de colporter la Divine Chanson ».

101615095Le vénérable et vulnérable Gil Scott-Heron, personnage emblématique du mouvement pour les droits civiques en même temps qu’une figure importante de la scène artistique étasunienne, s’incarne sous les traits de Sammy Kamau-Williams dans La Divine Chanson dernier roman d’Abdourahman A. Waberi. Porte-parole de la grande Révolution populaire des Noirs, il fut aux côtés de Mia Angelou et Langston Hugues, ses inspirateurs, un observateur éclairé des dérives sociales et politiques américaines. Le portrait de cet artiste engagé, réinventé par la justesse du rythme des mots de l’auteur, s’aborde du point de vue de l’intime et de l’humain.

Dans un texte cyclique fait de digressions, Abdourahman A. Waberi «reconstitue pièce après pièce le grand tambour de la mémoire» de ce mage, «poète visionnaire, écrivain précoce et militant politique de la première heure». Son père absent, joueur de football professionnel, avant-centre du Celtic de Glasgow et sa grand-mère Lilly, mémoire vivante de la communauté Afro-américaine confrladivinechanson-l-572107ontée à l’esclavagisme, occupent une place de choix et agissent comme un révélateur dans notre compréhension du chantre new-yorkais à la « voix d’Outre-tombe ». Choisi par la vie qui l’a « retenue dans ses filets », sa force atavique lui confère la puissance, l’allure, le génie qui sont aussi la cause de la violence de sa célébrité. Au terme d’une vie qu’il a « consumée par tous les bouts », on lui reprochera même d’avoir « négligé les Dieux et les Ancêtres », de ne pas avoir osé prendre le virage mystique qui sauva pourtant John Coltrane (dont résulte l’album phare A Love Supreme) ou Mohamed Ali et qui leur permis à l’un comme à l’autre d’atteindre l’Absolu. La présence d’un narrateur aussi observateur qu’omniscient, vieux chat soufi au seuil de sa septième vie, n’est donc pas un hasard. Sous ses traits, on retrouve la figure de l’auteur, distant et discret, transmettant fidèlement la vivacité d’une phrase martelée d’images. Attendri par l’homme, hébété comme à la sortie d’un concert magistral, pressé de retrouver les poèmes scandés de Gil Scott-Heron, c’est ainsi que l’on ressort de La Divine Chanson.

La Divine Chanson par Abdourahman A. Waberi, éditions Zulma, 2015.

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