Archives mensuelles : juin 2015

Le Soleil sans se brûler

« La Vie et demie, L’Etat honteux et L’Anté-peuple sont les trois romans lisibles de Sony. Les autres, c’est du nimporte quoi ! »

Le pacte qui unit Sony Labou Tansi, l’écrivain congolais à Charles Koffi Améla, le professeur togolais est réactivé par Théo, un futur écrivain de retour d’Europe. Nous sommes en 1995 et Améla l’ex-ministre promet à Sony qui se meurt du sida dans un hôpital parisien de lui permettre de finir ses jours paisiblement au Togo.

ananissohThéo est le témoin privilégié de l’amitié qui unit les deux hommes depuis les années quatre-vingt. Par le biais des souvenirs, on évoque les voyages en Europe et aux Etats-Unis offerts à ces deux « jeunes leaders africains » qu’ils étaient alors. L’irruption de Théo et cette ultime tentative de rétablir la mémoire de Sony permet aussi de saisir l’étendue du fossé qui sépare désormais ces deux époques. S’il ne demeure plus grand-chose du bruit qui accompagna la sortie de La Vie et demie en 1979, sorte « d’ovni » édité à Paris et qui marque l’Afrique littéraire par son style déconcertant, la situation d’Améla n’est guerre plus enviable. Indigne de son statut d’intellectuel, livré aux sirènes du pouvoir avant d’être jeté en prison, il n’est qu’une victime de plus de « l’enivrant pouvoir absolu » qui l’a « avarié par naïveté ». Roman du déclassement donc, mais aussi portrait d’une classe dirigeante inculte, meurtrière et qui érige autour d’elle un véritable culte de la personnalité. Autant de thématiques traitées avec finesse et sobriété par Théo Ananissoh qui remotive par la même occasion les fondements de l’œuvre de l’indispensable Sony Labou Tansi, disparu il y a vingt ans et dont c’est l’anniversaire de sa mort.

Le Soleil sans se brûler par Théo Ananissoh, éditions Elyzad, Collection Vies et demi, 2015.